Quand les frontières deviennent des ponts

Nous aimons les frontières lorsqu'elles protègent.

Elles permettent d'apprendre sans se perdre. Elles donnent un langage commun, rassurent, évitent bien des malentendus. Dans le tantra comme ailleurs, elles nous semblent précieuses. Nous leur devons beaucoup.

Grâce à elles, nous avons découvert qu'un massage n'était pas une relation sexuelle, que le toucher ne parlait pas uniquement de désir et qu'un rituel pouvait être une manière d'habiter davantage le présent. Ces distinctions nous ont aidés à regarder autrement le corps, la sensualité, la rencontre et la présence.

Puis la vie est entrée dans tout cela.

Et la vie possède une manière bien à elle de traverser les frontières que nous avions patiemment dessinées.

Il arrive qu'un massage devienne profondément intime sans quitter le massage. Qu'une étreinte dise davantage que de longues conversations. Qu'un regard, un silence ou une caresse éveillent à la fois de la confiance, du désir, de la tendresse et quelque chose de plus difficile encore à nommer. Rien ne se mélange. Rien ne se confond. Mais tout dialogue.

C'est cette conversation qui nous émerveille.

Elle ne nous demande plus de choisir entre le corps et le cœur, entre la sensualité et la profondeur, entre le plaisir et la présence. Nous découvrons simplement que ces dimensions se répondent sans cesse, qu'elles s'appellent, s'éclairent et se nourrissent mutuellement lorsque le cadre est juste et que chacun s'y sent libre.

Les frontières n'ont pas disparu pour autant.

Le consentement reste une frontière. Le respect aussi. La liberté de chacun, l'écoute, la clarté des intentions... tout cela demeure essentiel. Certaines limites protègent ce qu'il y a de plus précieux et nous n'avons aucune envie de les effacer.

En revanche, nous regardons autrement les frontières qui séparaient autrefois les expériences.

Nous ne cherchons plus à savoir si ce moment relève du massage, de la rencontre, de la sensualité ou de la spiritualité. Nous préférons accueillir ce qui est en train de naître, sans lui demander d'entrer immédiatement dans la bonne case. La vie semble beaucoup plus créative que nos catégories.

Les frontières continuent de nous apprendre.

Les ponts, eux, nous permettent de circuler.

Nous croyons que le tantra nous a offert ces deux cadeaux. D'abord la clarté des frontières. Puis, plus discrètement, la joie de découvrir qu'elles pouvaient parfois devenir des passages.

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