Le corps parle.
Bien avant les mots, il y a une main qui se pose doucement sur une épaule. Une bise qui dure une fraction de seconde de plus que d'habitude. Une étreinte où personne ne cherche à savoir quand il faudra se détacher. Deux doigts qui se frôlent en marchant. Une joue qui rencontre une autre joue. Tous ces gestes disent déjà quelque chose.
Nous avons parfois l'impression que notre époque ne sait plus très bien où placer le toucher. Il devient vite gênant, suspect ou immédiatement sexuel. Pourtant, entre la distance et l'intimité la plus profonde existe un immense territoire que nous avons appris à aimer.
Nous croyons que le corps parle en permanence.
Il parle lorsqu'il se détend auprès de quelqu'un en qui il a confiance. Il parle dans une respiration qui s'accorde à une autre, dans une peau qui accueille une autre peau, dans une caresse, un silence, un sourire. Il parle aussi dans le désir, dans le plaisir, dans cette énergie qui circule parfois entre deux êtres. Nous n'avons jamais ressenti le besoin de séparer toutes ces dimensions. Elles appartiennent à une même vie.
Le massage tantrique a profondément nourri notre regard sur le toucher.
Non parce qu'il nous aurait appris une technique, mais parce qu'il nous a fait découvrir qu'un corps tout entier pouvait rencontrer un autre corps. Les mains, les bras, les jambes, le souffle, la chaleur, le poids du corps, les lèvres, le ventre, le sexe... rien n'est isolé du reste. Tout participe à cette conversation silencieuse lorsque chacun est simplement présent, disponible et profondément respectueux de l'autre.
Le plaisir a naturellement sa place dans cette rencontre.
Nous ne le recherchons pas comme un objectif, pas davantage que nous ne cherchons à l'écarter. Lorsqu'il apparaît, nous l'accueillons comme nous accueillerions une émotion, un rire ou des larmes. Il fait partie de la vie. Comme la tendresse. Comme la sensualité. Comme la profondeur. Nous n'avons jamais compris pourquoi il faudrait choisir entre elles.
Ce qui nous touche n'est d'ailleurs pas l'intensité d'un geste.
C'est sa justesse.
Une main posée au bon moment peut bouleverser davantage qu'un long massage. Une étreinte peut dire plus qu'une longue conversation. Et parfois, plusieurs heures de massage deviennent elles aussi une conversation, où les corps apprennent peu à peu à se connaître, à se répondre, à s'écouter. Il n'y a pas de hiérarchie entre ces instants. Ils racontent simplement des formes différentes d'une même présence.
Nous avons découvert que toucher quelqu'un n'est pas faire quelque chose à son corps.
C'est accepter de le rencontrer avec le nôtre.
Peut-être est-ce cela que nous aimons tant.
Le toucher ne remplace pas les mots. Il ne les rend pas inutiles. Il ouvre simplement un autre langage, plus discret parfois, plus fragile aussi, mais capable de dire avec une infinie délicatesse ce que les mots ne savent pas toujours exprimer.