Le désir fait naturellement partie de notre vie.
Il est présent dans notre couple depuis le premier jour, mais il n'a jamais cessé de changer de visage. Il peut naître d'un regard échangé au détour d'une journée ordinaire, d'une peau retrouvée après quelques heures d'absence, d'un massage qui s'étire jusqu'à faire oublier le temps, d'une étreinte qui devient peu à peu plus sensuelle. Il peut aussi apparaître devant la beauté d'un corps, la douceur d'un sourire, la présence singulière d'un homme, d'une femme ou d'un couple qui éveille soudain quelque chose en nous.
Nous ne cherchons pas à empêcher ces élans d'exister.
Ils font partie de la vie. Comme l'émerveillement devant un paysage, l'émotion provoquée par une musique ou la joie d'une rencontre inattendue. Le désir nous met en mouvement. Il nous rappelle que notre corps est vivant, sensible, capable d'être touché par la beauté, la sensualité, la tendresse ou la simple présence d'un autre être humain.
Ce qui compte, pour nous, n'est donc pas d'avoir ou de ne pas avoir du désir. Ce qui compte, c'est ce que nous en faisons.
Très tôt dans notre histoire, nous avons choisi de nous raconter ces élans. Non parce que nous ressentons toujours les mêmes choses. Non parce que tous nos désirs auraient vocation à être vécus. Simplement parce que nous avons découvert qu'un désir partagé nourrit infiniment plus notre couple qu'un désir gardé dans le silence.
Partager un désir ne consiste pas à annoncer une intention.
C'est ouvrir une fenêtre sur son monde intérieur. C'est dire à l'autre : « Voilà ce qui me touche aujourd'hui. Voilà ce qui éveille mon corps, mon imagination, ma sensualité. Voilà une part de moi que je n'ai pas envie de te cacher. » Cette confiance nous semble infiniment plus importante que l'objet même du désir.
Nous avons souvent remarqué que, dans beaucoup de couples, le désir devient rapidement un territoire intime que chacun protège ou dissimule. Peu à peu, une partie de la vie intérieure cesse de circuler. Pourtant, ce qui nous attire, ce qui nous bouleverse, ce qui fait naître un frisson ou une émotion, raconte souvent quelque chose de très profond sur nous-mêmes.
Lorsque ces élans peuvent être accueillis avec douceur, sans jugement, sans inquiétude immédiate, ils cessent d'être une menace. Ils deviennent un cadeau. Non pas parce que l'autre recevrait le désir lui-même, mais parce qu'il reçoit la confiance avec laquelle ce désir lui est offert. Il découvre un peu plus celui ou celle qu'il aime. Et celui qui ose partager découvre, en retour, qu'il peut être pleinement lui-même sans avoir besoin de cacher ce qui est vivant en lui.
Nous croyons que c'est là que quelque chose de précieux se construit.
Le désir cesse d'être une affaire individuelle. Il entre dans notre histoire commune. Il devient une conversation, une complicité, parfois une réflexion, parfois une rencontre, parfois simplement un sourire qui restera entre nous. Il n'a pas besoin d'aller plus loin pour avoir déjà transformé notre lien.
Ce qui nourrit profondément un couple n'est pas seulement ce qu'il vit ensemble. C'est aussi tout ce qu'il ose continuer à se confier...Les joies, les peurs, les doutes, les rencontres, les émerveillements...et les désirs.
Le partage est plus important que l'objet du partage !
Cette phrase est importante pour nous. Elle est vraie lorsque nous nous montrons un paysage qui nous bouleverse, lorsque nous nous lisons quelques lignes d'un livre, lorsque nous racontons une rencontre qui nous habite encore plusieurs jours après. Elle est tout aussi vraie lorsque nous parlons de désir.
Ce n'est pas le corps qui attire un regard qui nourrit notre couple. Ce n'est pas davantage une éventuelle rencontre. Ce qui nourrit notre couple, c'est ce chemin que le désir parcourt entre nous. C'est la confiance avec laquelle il est offert. C'est la qualité d'écoute avec laquelle il est accueilli. C'est cette sensation très particulière que plus rien de vivant n'a besoin d'être tenu à l'écart de celui ou celle avec qui nous construisons notre vie.
C'est pour cela que nous croyons que le désir partagé nourrit le nous.
Non parce qu'il apporterait toutes les réponses, ni parce qu'il conduirait toujours quelque part, mais parce qu'il nous invite, encore aujourd'hui, à continuer de nous offrir l'un à l'autre ce que nous avons de plus vivant.