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title: 'Rien que pour nous'
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date: '2026-08-11'
description: 'Baisers, caresses, sexualité : faut-il réserver certains gestes à son couple ? Pour nous, ce qui rend notre amour unique se joue ailleurs.'
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# Rien que pour nous

Dans les couples qui ouvrent parfois leur intimité à d'autres, la question de ce qui doit rester exclusivement au couple arrive assez naturellement. Certains ne s'embrassent qu'entre eux. D'autres ne dorment jamais avec une personne rencontrée, réservent certaines pratiques, certains gestes ou certains mots. Nous comprenons très bien cette envie de dessiner un territoire qui n'appartiendrait qu'au couple.

Nous en avons un aussi. Simplement, ses frontières ne passent pas vraiment par les gestes.

Nous pouvons embrasser quelqu'un avec désir, nous abandonner à ses caresses, le masser longuement, dormir contre lui, faire l'amour avec lui. Nous pouvons avoir envie de son corps, de sa peau, de son sexe, de son plaisir. Un « prends-moi » peut être parfaitement vrai. Un « viens nous rejoindre » peut l'être tout autant. Ces gestes et ces mots ne sont pas des versions dégradées de ceux que nous partageons entre nous. Lorsqu'ils sont vécus, ils le sont pleinement, et cela peut être absolument merveilleux.

Cela n'enlève pourtant rien à ce que nous vivons ensemble.

Il y a derrière l'idée de réserver certaines choses une conception de l'intimité qui nous correspond assez peu : comme si celle-ci constituait une sorte de capital dont chaque geste offert ailleurs retirerait une petite part au couple. Si ce baiser est aussi donné à un autre, serait-il désormais un peu moins à nous ? Si ce corps connaît d'autres mains, les miennes perdraient-elles quelque chose ? Si un plaisir immense est vécu ailleurs, celui que nous partageons deviendrait-il moins précieux ?

Nous ne ressentons pas les choses ainsi. Nous n'avons pas besoin que les autres aient moins pour que ce que nous partageons ait davantage.

Car un même geste n'est jamais vraiment le même geste.

Lorsque nous nous embrassons, ce baiser contient tout ce qui existe entre nous. Il contient notre histoire, les milliers de baisers qui l'ont précédé, nos matins, nos nuits, nos enfants, nos voyages, nos disputes, nos fous rires, nos corps devenus familiers et pourtant toujours désirés. Il contient parfois le désir de faire l'amour et parfois simplement celui de se retrouver quelques secondes dans les bras l'un de l'autre.

Un baiser échangé avec quelqu'un d'autre peut être intense, bouleversant, tendre, sensuel, maladroit, affamé ou incroyablement doux. Nous ne voulons surtout pas lui retirer sa valeur pour protéger celle du nôtre. Il raconte simplement une autre histoire. Peut-être une histoire de quelques heures, peut-être le début d'un lien qui comptera longtemps. Sa beauté lui appartient.

Il en va de même pour les corps. Une caresse ne possède pas une quantité fixe d'intimité. Une pénétration n'est pas automatiquement plus « réservée » qu'une main posée sur une joue. Un orgasme n'appartient pas davantage au couple qu'un éclat de rire. Ce qui donne à ces gestes leur profondeur tient à ceux qui les vivent, à ce qu'ils ressentent, à leur histoire et à ce qu'ils sont en train de partager.

C'est sans doute pour cela que nous avons du mal avec les listes qui voudraient établir à l'avance ce qui serait intime et ce qui ne le serait pas. Non parce qu'elles seraient mauvaises ou absurdes : elles peuvent être importantes, rassurantes et belles pour d'autres couples. Simplement, elles ne racontent pas notre manière d'aimer.

Pour autant, tout n'est pas interchangeable et tout n'est pas ouvert.

Il existe des mots qui, pour nous, appartiennent à notre amour. « Je t'aime » en fait partie. Non parce que ces trois mots seraient objectivement plus intimes qu'un corps offert ou qu'un orgasme partagé, mais parce que nous leur avons donné cette place. Ils disent cet amour très particulier qui construit notre couple et notre vie. Les garder pour nous a du sens.

Cette frontière-là nous ressemble davantage : elle tient au sens plutôt qu'au geste.

Et c'est peut-être là que se trouve notre « rien que pour nous ».

Ce n'est pas la bouche que personne d'autre ne pourrait embrasser, le corps que personne d'autre ne pourrait toucher, une position que nous aurions interdite ailleurs ou une manière de jouir qu'il faudrait préserver. Ce qui n'appartient qu'à nous ne peut probablement pas être reproduit par quelqu'un d'autre, précisément parce que ce n'est pas une pratique.

C'est ce que ces gestes signifient lorsque nous les vivons ensemble.

Cela nous permet aussi de recevoir pleinement ce qui vient des autres. Nous n'avons pas besoin de maintenir une distance artificielle pour nous rassurer sur notre place. Lorsque nous invitons quelqu'un à nous rejoindre, nous avons envie qu'il puisse être là vraiment. Nous voulons pouvoir l'embrasser parce que nous avons envie de l'embrasser, le serrer contre nous parce que sa présence nous touche, lui donner du plaisir sans mesurer ce que nous serions en train de « céder » de notre intimité.

Ce serait étrange, pour nous, d'ouvrir la porte tout en passant la rencontre à vérifier que personne ne s'approche trop près du mobilier.

Notre couple n'en ressort pas amputé. Au contraire, certaines de ces expériences font désormais partie de son histoire. Elles deviennent des souvenirs que nous partageons, des corps dont nous nous souvenons ensemble, des moments dont nous reparlons, parfois avec émotion, parfois avec désir, parfois avec un immense sourire. Ce que nous avons offert n'a pas quitté notre histoire : cela y est aussi entré.

Cela ne signifie pas que nous n'avons aucune limite. Nous en avons, et elles peuvent évoluer. Elles concernent ce que nous désirons, ce que nous pouvons accueillir, la place que nous souhaitons donner à quelqu'un, la sécurité de chacun et ce que nous sommes capables de vivre sereinement. Mais nous préférons qu'elles naissent de ce que nous sommes plutôt que d'une comptabilité des gestes.

Il y a quelque chose de très apaisant à ne pas avoir à protéger notre amour de cette manière. Nous n'avons pas besoin de rendre nos gestes rares pour qu'ils soient précieux, ni de tenir les autres à distance pour préserver ce qui est à nous.

Nous pouvons donner beaucoup. Recevoir beaucoup aussi. Et notre Nous s'en trouve plus riche encore.

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