Nous avons toujours été touchés par une idée très simple.
L'amour ne nous donne pas envie de retenir la vie.
Il nous donne envie de l'accueillir.
Notre couple ne ressemble pas à une forteresse qu'il faudrait protéger du monde. Il ressemble davantage à une maison habitée. Une maison où l'on rit, où l'on s'aime, où l'on prend soin l'un de l'autre, et dont les fenêtres restent ouvertes. Non parce que quelque chose y manquerait, mais parce qu'il est agréable de sentir entrer le vent, la lumière, les voix, les rires et, parfois, de nouvelles présences.
Nous ne partageons pas notre couple. Nous partageons depuis notre couple.
Cette différence change tout.
Lorsque quelque chose de beau apparaît, notre premier mouvement n'est pas de nous demander s'il menace notre histoire. Nous avons plutôt envie de l'accueillir ensemble. La beauté d'un paysage, une conversation qui se prolonge, une rencontre inattendue, un toucher profondément juste, un désir qui naît naturellement... tout cela appartient à la même vie, celle que nous avons choisi de traverser côte à côte.
Nous ne faisons pas semblant que le désir n'existe pas. Nous savons le plaisir qu'il peut offrir, l'émotion qu'il peut faire naître, la force avec laquelle il peut rapprocher des êtres lorsque chacun s'y sent pleinement libre et respecté. Mais ce qui nous bouleverse ne se résume jamais à ce qui se passe entre les corps.
Ce qui nous touche est ailleurs.
C'est le moment où l'on voit la personne que l'on aime profondément vivante. Son regard qui s'illumine. Son abandon dans la confiance. Sa joie, son plaisir, sa sensualité, sa liberté d'être pleinement elle-même. Et découvrir que cette joie ne nous éloigne pas d'elle, mais qu'elle nous traverse nous aussi.
Nous ne savons pas très bien comment expliquer cette sensation.
Elle ressemble à un mouvement qui circule entre plusieurs êtres sans appartenir complètement à aucun. La tendresse, le désir, le plaisir, la confiance, la joie... tout cela cesse d'être une affaire individuelle. Chacun donne. Chacun reçoit. Et, sans que personne ne perde quoi que ce soit, quelque chose semble grandir entre tous.
C'est sans doute pour cela que nous revenons souvent à l'image d'une source. Une source ne se vide pas parce qu'elle coule. Elle reste vivante parce qu'elle continue de donner.
Notre amour nous ressemble un peu. Nous n'avons jamais eu envie d'écrire plusieurs histoires d'amour.
La nôtre est immense. Elle est notre maison, notre ancrage, notre manière d'habiter le monde. C'est précisément parce que nous savons où est notre foyer que nous pouvons accueillir, parfois, d'autres présences sans avoir le sentiment de quitter ce qui nous relie.
Lorsque l'amour déborde, il ne se divise pas.
Il devient simplement plus vivant.