Nous avons hésité avant d'écrire cet article. D'abord parce que nous n'aimons pas réagir à chaud. Ensuite parce que nous savons à quel point ces sujets peuvent rapidement devenir caricaturaux. Entre ceux qui en profitent pour condamner tout un milieu et ceux qui refusent d'y voir le moindre problème, il ne reste souvent plus beaucoup de place pour la nuance.
Pourtant, depuis quelques semaines, ce sujet s'impose a nous. L'affaire Pelicot. Les révélations autour de Wyylde. Les témoignages de femmes qui racontent des viols, des manipulations, des situations d'emprise ou des rencontres auxquelles elles n'avaient jamais réellement consenti. Nous essayons de comprendre. Et une question revient: que faisons-nous encore sur Wyylde ?
Nous avons un compte Wyylde depuis deux ans (même si nous n'y avons fait que peu de rencontres réelles)..et pour la première fois, nous ne savons pas si nous avons envie de le renouveler.
Nous ne sommes pas en train de découvrir que la violence existe. Nous savons malheureusement qu'il existe des violeurs, des manipulateurs et des personnes capables des pires horreurs. Nous savons aussi qu'aucun milieu n'en est totalement protégé.
Alors pourquoi ce sentiment de malaise est-il si fort aujourd'hui ? Parce que ce qui nous bouleverse n'est pas seulement que ces actes existent. C'est qu'ils puissent être commis au nom même de ce qui devrait les rendre impossibles.
Nous parlons ici d'univers où l'on emploie des mots comme consentement, respect, confiance, liberté, bienveillance ou ouverture. Des mots qui devraient protéger. Des mots qui devraient rendre ces violences impensables. Découvrir qu'ils ont parfois servi de décor, ou même de masque, à des comportements d'une telle gravité est profondément déstabilisant.
C'est cela que nous ressentons : une confiance trahie.
Cette réflexion nous a aussi amenés à regarder notre propre parcours avec un peu plus de recul.
Pendant ces deux années sur Wyylde, nous avons rencontré des personnes que nous sommes heureux d'avoir croisées. Nous avons partagé de très beaux moments et nous ne voulons certainement pas les effacer d'un revers de main. Elles font partie de notre histoire et elles continueront d'en faire partie.
Mais nous avons aussi souvent ressenti un malaise.
Pas devant la liberté sexuelle, pas devant les fantasmes ni devant le fait que chacun vive sa vie comme il l'entend.
Ce malaise venait d'autre chose. Il venait de certaines annonces qui ressemblaient davantage à un catalogue qu'à une invitation à se rencontrer. De certaines photos. De certaines manières de parler des femmes, des hommes ou des couples. De cette impression que, parfois, les personnes disparaissaient derrière les pratiques. Que le désir prenait toute la place et que la rencontre finissait par devenir secondaire. Que la pornographie, l'asservissement, l'humiliation même semblait desirable pour un nombre croissant d'inscrits.
Nous passions simplement notre chemin... mais aujourd'hui, ces sensations reviennent avec une force nouvelle, et une implication que nous ne pouvons pas simplement ignorer.
Nous ne faisons pourtant aucun amalgame.
Le libertinage n'est pas le viol. Le tantra n'est pas l'emprise. La sexualité libre n'est pas la prédation.
Nous avons rencontré beaucoup trop de personnes respectueuses, généreuses et profondément humaines pour pouvoir écrire une chose pareille. Mais nous refusons aussi une autre facilité : celle qui consisterait à dire que tout cela n'a rien à voir.
Parce qu'un lieu n'est jamais seulement un site internet, une association ou un stage.. c'est aussi une culture. Une manière de se parler, une manière de regarder les autres, une manière de dire ce qui est normal, ce qui est valorisé, ce qui est encouragé.
Cette culture n'est pas responsable des actes des prédateurs. En revanche, elle peut rendre un lieu plus accueillant... ou moins accueillant pour certaines façons d'être au monde. Et c'est probablement là que se trouve notre conflit de valeurs.
Nous cherchons des espaces où l'on puisse prendre son temps. Où le respect ne soit pas seulement une règle, mais une évidence. Où le désir puisse exister sans faire disparaître la tendresse, la curiosité, l'écoute ou la délicatesse.
Nous ne savons pas encore si nous renouvellerons notre abonnement. Nous savons en revanche que cette question dépasse largement Wyylde.
Depuis que nous avons commencé Nous & Plus, nous cherchons un lieu de rencontres qui nous ressemble vraiment. Un lieu où l'on puisse parler de sensualité sans être réduit à sa sexualité. Un lieu où l'on puisse venir en couple sans avoir à jouer un rôle. Un lieu où les célibataires, les couples, les femmes et les hommes puissent se rencontrer avec la même simplicité. Un lieu où la confiance soit considérée comme quelque chose de précieux, et où chacun se sente responsable d'en prendre soin.
Jusqu'à présent, nous ne l'avons pas trouvé. C'est sans doute pour cela que nous continuons à écrire.
Et qui sait...
Si nous ne le trouvons pas, il faudra peut-être arrêter de le chercher. Et commencer à le construire.