---
title: "On peut changer d'avis"
url: 'https://www.nousetplus.fr/legrandcahier/on-peut-changer-davis'
markdown: 'https://www.nousetplus.fr/legrandcahier/on-peut-changer-davis.md'
date: '2026-08-18'
description: 'Consentement, désir et couple ouvert : pourquoi changer d’avis reste toujours possible, du oui au non comme du non à un désir pleinement partagé.'
---

# On peut changer d'avis

Nous préparons beaucoup nos rencontres. Nous parlons de nos envies, de ce qui nous attire, de ce que nous imaginons possible ou de ce que nous préférons laisser de côté. Il nous arrive de fantasmer une soirée longtemps avant qu'elle existe réellement, de nous raconter ce que nous aimerions voir, recevoir, offrir, essayer.

Et pourtant, les rencontres ont cette fâcheuse habitude de ne pas toujours se passer comme prévu.

Nous avons déjà attendu une soirée avec impatience, parlé de ce que nous avions envie d'y vivre, senti monter le désir à mesure qu'elle approchait, pour découvrir le moment venu que l'un de nous ne le sentait plus vraiment. Sans toujours savoir pourquoi. La personne était pourtant celle que nous avions envie de rencontrer, rien de particulier ne s'était mal passé, aucune peur ni aucun malaise évident ne venait expliquer ce changement. Simplement, ce qui avait été une envie quelques jours, quelques heures auparavant, n'en était plus vraiment une.

C'est parfois beaucoup plus difficile à dire qu'on ne l'imagine.

Parce que l'autre peut avoir encore très envie. Parce qu'une personne est venue nous rejoindre avec son propre désir et ses propres attentes. Parce que nous avions parlé de cette soirée, peut-être préparé quelque chose, libéré du temps, imaginé ce qui allait se passer. Parce que, tout simplement, nous n'avons pas envie de décevoir.

Alors il nous est arrivé de ne pas très bien savoir dire « finalement non ». D'attendre un peu pour voir si l'envie allait revenir, d'accepter une caresse que nous ne désirions pas vraiment, ou de laisser la rencontre avancer davantage que nous l'aurions souhaité. Rien de dramatique nécessairement, rien qui nous transforme rétrospectivement en victimes ou en coupables. Seulement ces moments profondément humains où ce que l'on ressent et ce que l'on parvient à dire ne coïncident pas parfaitement.

Nous savions pourtant qu'on pouvait changer d'avis.

Mais le savoir tranquillement, quelques jours avant une rencontre, et réussir à le faire lorsque des corps se sont rapprochés, que le désir des autres est là et que quelque chose a déjà commencé, sont deux choses différentes. Nous ne sommes ni exemplaires lorsque nous savons parfaitement écouter ce qui se passe en nous, ni coupables lorsque nous n'y parvenons pas assez vite. Nous essayons simplement de rester attentifs à ce qui est vrai maintenant, plutôt qu'à ce qui l'était lorsque nous avons parlé de cette rencontre.

Et pour nous, ce changement concerne immédiatement le Nous.

Si l'un de nous ne le sent plus, l'autre ne cesse pas magiquement d'avoir envie. Il peut même être terriblement déçu, avoir encore le corps et la tête pleins de ce qui devait arriver, et avoir besoin d'un moment pour quitter une rencontre qu'il avait déjà commencé à vivre dans son imagination.

Cette déception n'a rien de honteux. Respecter le changement d'avis de l'autre ne demande pas de fabriquer immédiatement une émotion plus convenable. On peut être frustré, triste ou simplement déçu, sans transformer cette déception en pression sur celui ou celle qui vient de dire qu'il n'en a plus envie.

Car à cet instant, quelque chose a réellement changé : nous n'en avons plus envie ensemble.

Et cela suffit.

Mais changer d'avis ne signifie pas seulement passer du oui au non.

Il nous est aussi arrivé de retrouver quelqu'un simplement pour faire connaissance. Boire un verre, parler, découvrir un être humain, voir si nous nous plaisions, sans projet particulier pour la suite. Certaines envies avaient parfois même été évoquées avant la rencontre et tranquillement rangées dans un « pas maintenant ». Prenons notre temps. Nous verrons plus tard.

Puis les personnes réelles ont remplacé celles que nous avions imaginées.

Une voix, une manière de regarder, un rire, une proximité qui s'installe. La conversation change doucement de rythme. Un corps qui était encore presque abstrait quelques heures auparavant devient soudain présent, proche, désirable. Une main se pose quelque part et provoque autre chose que ce que nous pensions. Un regard passe de l'un à l'autre et une possibilité qui n'existait pas en arrivant commence à prendre forme.

Une envie nouvelle peut alors apparaître. Pas seulement un fantasme que nous pourrions nous raconter en rentrant chez nous, mais quelque chose de réel et de charnel, qui peut être dit, partagé, rencontrer le désir de l'autre et celui du Nous. Une envie assez forte pour circuler entre les personnes présentes, assez partagée pour devenir commune, et assez réelle pour être vécue.

Ce que nous avions sincèrement rangé quelques heures plus tôt dans « peut-être une autre fois » peut alors devenir exactement ce que nous voulons maintenant.

Cela ne signifie pas que notre limite précédente était fausse. Elle était vraie lorsque nous l'avons posée. Nous n'avions pas envie de cela, ou pas encore, ou pas avec ce que nous connaissions alors de cette personne et de nous-mêmes. Puis quelque chose s'est passé entre nous et un nouveau oui est apparu.

Lui aussi est vrai.

Nous préparons beaucoup nos rencontres, mais nous essayons de ne pas leur demander ensuite d'obéir à ce que nous avions préparé. Un cadre peut nous aider à prendre soin de chacun, à dire ce qui nous attire ou nous inquiète, à nous sentir suffisamment en confiance pour entrer dans la rencontre. Il n'a pas besoin d'en devenir le scénario.

Nous pouvons avoir parlé d'une pratique pendant des semaines et ne plus en vouloir lorsque l'occasion se présente. Nous pouvons être persuadés qu'une autre ne nous attire pas pour cette rencontre et la désirer profondément quelques heures plus tard. Une nuit entière imaginée avec gourmandise peut devenir une longue conversation autour d'une table ; un verre pris « juste pour faire connaissance » peut nous emmener vers une intensité et des plaisirs que nous ne savions même pas avoir envie d'explorer ce soir-là.

C'est peut-être là que changer d'avis devient vraiment intéressant : dans les deux sens.

Il ne s'agit évidemment pas de remplacer la prudence par l'élan. Plus une rencontre avance, plus les corps se rapprochent, plus l'excitation monte, plus il nous semble important de rester attentifs à ce que chacun veut réellement. À deux heures du matin, après trois verres, au milieu d'une rencontre devenue intensément sensuelle, la question de l'envie ne devient pas moins importante parce que tout le monde avait très envie à minuit.

Elle le devient peut-être davantage.

Un désir exprimé à vingt heures n'a pas à décider de ce que nous voudrons quatre heures plus tard. Il est facile de continuer ce qui a déjà commencé, de suivre le mouvement, de se laisser porter par le plaisir des autres ou simplement par ce qui semblait encore évident dix minutes auparavant. Mais quelqu'un peut avoir été pleinement heureux depuis le début de la soirée et soudain ne plus avoir envie de ce geste-là, de cette pratique-là, ou simplement d'aller plus loin.

À l'inverse, au milieu de cette même soirée, quelqu'un peut découvrir une envie nouvelle, surprenante, beaucoup plus intense que tout ce qu'il avait imaginé auparavant.

Alors la question que nous essayons de garder avec nous est finalement très simple : est-ce que nous voulons toujours ce qui est en train de se passer ?

Il ne s'agit pas seulement de savoir si nous avions dit oui quelques heures auparavant, si c'était prévu, ni même si nous serions capables de l'accepter pour faire plaisir à l'autre. La question est beaucoup plus immédiate : est-ce que, maintenant, dans cette pièce, avec ces personnes, nos corps, nos désirs et tout ce qui vient de se passer entre nous, nous le voulons encore ?

Nous ne voulons pas d'un oui qui accepte. Nous voulons un oui qui veut.

La différence est immense. On peut accepter par tendresse, parce que l'on sait combien l'autre en a envie, parce qu'on ne veut pas décevoir, parce que l'élan est déjà là ou simplement parce qu'arrêter quelque chose qui a commencé est parfois beaucoup plus difficile qu'on ne l'imaginait. Nous le savons pour avoir nous-mêmes parfois mal reconnu cette frontière.

Vouloir est autre chose. C'est sentir que quelque chose en nous participe encore pleinement à ce qui est en train de se vivre. Et ce « pleinement » n'a d'ailleurs pas toujours la même apparence : le désir peut être impérieux ou tranquille, très charnel ou presque timide. Il n'a pas besoin de hurler pour être vrai.

Lorsque nous sommes plusieurs, cette attention devient nécessairement commune. Il ne suffit pas que l'un de nous ait terriblement envie, ni même que les autres soient disposés à le suivre. Ce que nous cherchons est plus simple et plus exigeant à la fois : est-ce que nous en avons envie, tous ?

C'est là que quelque chose de très beau peut parfois se produire. Une envie apparaît d'abord chez l'un de nous, se dit ou se laisse deviner dans un regard. L'autre la découvre et sent ce qu'elle éveille en lui. La personne qui est avec nous la reçoit, y répond peut-être, ajoute son propre désir à ce qui était en train de naître. Peu à peu, ce qui appartenait d'abord à l'un ne lui appartient plus vraiment.

Nous en avons envie.

Tous.

C'est un oui de Nous.

Mais il arrive aussi que cette circulation ne se fasse pas. Une envie peut être immense chez l'un et ne rien éveiller chez l'autre. Quelqu'un peut nous attirer tous les deux sans que nous ayons envie de la même chose, ou désirer profondément l'un de nous sans avoir envie de ce qui existe entre nous. Rien n'est mauvais, rien n'est raté : simplement, cette envie-là n'est pas devenue commune.

Alors nous n'irons pas là. Non parce que ce serait interdit, ni parce qu'une règle posée avant la rencontre l'aurait décidé à notre place. Simplement parce que, cette fois, nous n'en avons pas envie, tous.

C'est probablement pour cela que les listes définitives de ce qui est possible ou impossible nous correspondent assez peu. Elles sont utiles pour parler, se connaître, poser des repères et préparer une rencontre ; nous en avons nous-mêmes besoin parfois. Mais elles décrivent ce que nous pensons vouloir avant de rencontrer réellement quelqu'un. Elles ne peuvent pas décider à la place des êtres humains que nous serons quelques heures plus tard.

Parce qu'entre-temps, il y aura eu une personne réelle.

Sa voix, son odeur, son humour, ses hésitations, sa manière de nous regarder. Il y aura eu nos corps près du sien, une confiance qui aura grandi ou qui ne sera pas venue, une main que nous aurons eu envie de retenir ou au contraire de laisser repartir. Il y aura eu tout ce que nous ne pouvions pas connaître lorsque nous parlions tranquillement de cette rencontre quelques jours auparavant.

Et le désir aura peut-être bougé.

C'est finalement tout ce que raconte ce « on peut changer d'avis ». Nous ne cherchons pas à rendre tout possible, pas plus que nous ne voulons établir une fois pour toutes ce qui serait permis. Nous essayons de laisser suffisamment de place à ce qui se passe réellement pour que nos envies puissent encore nous surprendre.

Une rencontre désirée pendant des semaines peut ainsi devenir une soirée où nous aurons surtout envie de parler. Un verre pris « juste pour faire connaissance » peut nous emmener beaucoup plus loin que tout ce que nous avions imaginé. Une pratique dont nous avions très envie peut soudain ne plus nous attirer, tandis qu'une autre, tranquillement rangée dans « peut-être un jour », peut devenir ce soir-là une évidence partagée.

Aucune de ces choses ne rend fausse l'envie précédente. Nous étions sincères lorsque nous pensions vouloir. Nous l'étions tout autant lorsque nous pensions ne pas vouloir. Nous sommes simplement encore libres de découvrir ce que nous voulons maintenant.

Et nous ne sommes pas toujours parfaits pour l'entendre. Il nous arrive d'hésiter, de ne pas trouver immédiatement les mots, de sentir la déception de l'autre et d'avoir envie de l'éviter. Il nous arrive aussi d'être celui ou celle qui est déçu. Nous sommes humains, avec tout ce que cela comporte de contradictions, d'élans, de maladresses et de désirs qui ne se synchronisent pas toujours aussi joliment que nous l'aurions souhaité.

Notre Nous n'efface rien de cela. Il est précisément fait de ces deux êtres humains-là.

Alors nous continuons à nous parler, à nous regarder, à sentir ce qui bouge. Et parfois, au milieu d'une rencontre que nous pensions avoir soigneusement imaginée, une possibilité totalement imprévue apparaît. Elle passe de l'un à l'autre, rencontre le désir de la personne avec nous, revient, grandit, devient commune.

Nous nous regardons et nous savons que quelque chose a changé.

Ce n'était pas prévu.

Mais maintenant, nous en avons envie.

Et cette fois, c'est oui.

---

## Navigation

- Parent: [Réflexion(s)](https://www.nousetplus.fr/legrandcahier.md)
- Previous: [Nous ne vendons rien](https://www.nousetplus.fr/legrandcahier/nous-ne-vendons-rien.md)
- Next: [paswild](https://www.nousetplus.fr/legrandcahier/paswild.md)
