Lorsque l'on prépare trop

Plus on veut faire quelque chose de beau, plus on risque de le figer.

Cette phrase nous accompagne souvent. Nous la retrouvons dans des massages, des rencontres, des soirées que nous attendions depuis longtemps, mais aussi dans bien d'autres moments de notre vie. Chaque fois que quelque chose compte profondément pour nous, une partie de nous a envie de le rendre parfait.

Alors nous préparons.

Nous rangeons la maison, nous choisissons une musique, nous faisons quelques courses, nous sortons les huiles, nous allumons des bougies. Madame regrette parfois de ne pas avoir trouvé le temps de passer chez l'esthéticienne. Monsieur décide soudain qu'il est indispensable de remettre un peu d'ordre avant l'arrivée de nos invités. Toutes ces attentions parlent d'une même envie : accueillir l'autre du mieux possible et lui dire, sans forcément le formuler, qu'il est attendu.

Mais il arrive qu'à force de préparer la rencontre, nous commencions à préparer aussi l'émotion que nous aimerions vivre. Nous imaginons déjà ce que cette soirée pourrait devenir. Nous espérons qu'elle sera douce, profonde, sensuelle ou bouleversante. Sans nous en rendre compte, nous avons quitté le présent pour rejoindre une histoire qui n'existe encore que dans notre imagination.

Et c'est souvent là que quelque chose se fige.

Non parce que nous avons mal préparé les choses, mais parce que nous avons commencé à attendre d'elles qu'elles ressemblent à l'image que nous avions construite. Le vivant est rarement aussi discipliné. Il aime prendre des chemins de traverse. Il préfère les surprises aux scénarios, les détours aux programmes, les rencontres qui inventent leur propre rythme.

Les plus beaux moments que nous avons vécus ne sont d'ailleurs presque jamais ceux qui ont suivi le plan imaginé quelques heures plus tôt. Une soirée attendue devient parfois une longue conversation. Un massage se transforme en éclats de rire. Une rencontre qui semblait devoir être très sensuelle s'achève simplement enlacés sur un canapé, heureux d'avoir pris le temps d'être ensemble. Et, curieusement, nous repartons souvent avec le sentiment que rien n'aurait pu être plus juste.

Cela ne nous empêche pas d'aimer les préparatifs.

Nous aimons les belles matières, une lumière douce, une pièce accueillante, une table dressée avec soin, le parfum d'une huile de massage ou un repas partagé. Ces attentions ont leur beauté. Elles disent déjà quelque chose de l'amour avec lequel nous recevons les personnes qui entrent dans notre vie.

Nous essayons simplement de nous rappeler qu'elles ne fabriquent jamais la rencontre.

Elles préparent un espace.

La rencontre, elle, appartient au vivant.

Elle naît dans un regard qui dure un peu plus longtemps que prévu, dans un silence qui n'a pas besoin d'être rempli, dans une confidence inattendue, dans un geste qui trouve naturellement sa place. Elle apparaît souvent là où nous avions laissé suffisamment de liberté pour qu'elle puisse nous surprendre.

Peut-être est-ce cela, finalement, préparer une rencontre.

Non pas décider à l'avance de ce qu'elle devra être, mais prendre soin de tout ce qui lui permettra de devenir pleinement elle-même.