Le désir fait pleinement partie de notre vie et nous n'avons jamais ressenti le besoin de le cacher ou de le rendre plus acceptable qu'il n'est.
Pourtant, lorsqu'une rencontre commence à prendre forme, il arrive presque toujours après autre chose.
Avant le désir, il y a l'émerveillement.
Une manière de rire. Une façon d'écouter. Une intelligence qui éclaire une conversation. Une douceur inattendue. Une présence. Et puis il y a aussi les corps. Nous ne savons pas pourquoi ils devraient être exclus de cette beauté. Un homme peut être magnifique. Une femme bouleversante. Une nuque, un dos, une poitrine, des fesses, un sexe, une peau marquée par les années ou un sourire peuvent arrêter le temps quelques secondes et rappeler combien un être humain devient beau lorsqu'il habite pleinement sa propre vie.
Reconnaître cette beauté semble pourtant mettre parfois notre époque mal à l'aise. Comme si admirer une personne revenait déjà à vouloir la séduire, la conquérir ou la faire entrer dans son histoire.
Nous aimons qu'il existe une autre possibilité.
Une femme croisée sur un sentier de montagne. Un vieil homme dont le visage raconte une vie entière. Un couple enlacé sur une plage. Un corps aperçu quelques secondes dans une lumière de fin d'après-midi. Certaines personnes ne feront jamais partie de notre vie. Elles y laisseront pourtant une trace, simplement parce qu'elles auront rappelé combien le monde est peuplé d'êtres magnifiques.
Il n'y a là ni frustration, ni manque.
Seulement davantage de vie.
Et cette vie, nous avons la chance de la regarder ensemble.
Il suffit parfois qu'un regard se croise pour comprendre que nous venons d'être touchés par la même personne. Il arrive aussi que l'un dise à l'autre : « Regarde comme cette femme est belle. » Ou : « Tu as vu cet homme ? Il dégage quelque chose d'incroyable. » Ces moments n'ont jamais été une menace pour notre couple. Ils donnent plutôt l'impression que notre regard s'élargit, comme si chacun offrait à l'autre une nouvelle manière d'aimer le monde.
Toutes ces personnes ne deviennent pas des rencontres.
Et c'est très bien ainsi.
Certaines resteront un sourire échangé dans une rue. D'autres une conversation. D'autres encore marcheront un peu plus longtemps à nos côtés. Aucune n'est plus importante qu'une autre. Elles ont simplement en commun de rappeler que la beauté n'a pas toujours besoin d'être possédée pour être profondément vécue.
Nous aimerions continuer à habiter un monde où il est encore possible de s'émerveiller devant un être humain. Devant son corps, son intelligence, sa sensualité, son humour, sa délicatesse ou sa manière d'aimer, sans que cet émerveillement soit immédiatement traduit en intention, en stratégie ou en menace.
L'émerveillement ouvre le regard.
Le désir, lorsqu'il naît, trouve alors un monde qui est déjà devenu plus beau.