L'éloge de la lenteur

Certaines choses ont besoin d'espace pour exister.

Cette phrase nous revient parfois pendant un massage, au cours d'une conversation qui se prolonge, devant un coucher de soleil ou simplement lorsque nous prenons enfin le temps de ne rien faire ensemble. Nous ne savons pas vraiment d'où elle vient. Nous savons seulement qu'elle décrit très bien ce que nous cherchons à vivre.

Nous n'avons jamais rêvé d'une vie au ralenti. Nous aimons les projets, les voyages, les découvertes, les journées qui débordent d'envies. Nous aimons aussi cette énergie qui nous pousse à partir, à rencontrer, à créer. La lenteur, en elle-même, ne nous attire pas particulièrement.

En revanche, nous nous méfions de cette impression que tout devrait aller toujours plus vite.

Un massage ne se presse pas. Une conversation non plus. On ne peut pas accélérer la confiance, ni demander à une amitié de grandir plus vite. Le désir lui-même n'obéit pas à une montre. Bien sûr, il peut surgir avec une intensité fulgurante, mais il demande ensuite du temps pour être écouté, partagé, accueilli.

Nous retrouvons cela dans beaucoup de moments très simples de notre vie. Un repas qui se prolonge parce que personne n'a envie de partir. Un voyage en train où le paysage finit par ralentir nos pensées. Une promenade sans destination particulière. Ces instants n'ont rien d'extraordinaire, et pourtant ils nous nourrissent souvent bien davantage que les journées où tout s'enchaîne sans laisser le moindre espace.

Le tantra nous a aidés à reconnaître cette qualité de présence, mais nous la retrouvons aujourd'hui bien au-delà du tantra. Nous la retrouvons dans notre manière d'aimer, de recevoir, d'écrire, de voyager et de rencontrer les autres. Chaque fois que nous cessons de courir après ce qui devrait arriver, quelque chose devient possible. Pas parce que nous avons ralenti. Parce que nous sommes enfin disponibles.

C'est sans doute la seule lenteur qui nous intéresse.

Non pas celle qui consiste à faire les choses plus doucement, mais celle qui laisse aux choses le temps de naître. Une rencontre ne se décrète pas. La confiance ne se fabrique pas. L'intimité ne se force pas. Toutes apparaissent lorsqu'on leur laisse suffisamment d'espace pour grandir à leur propre rythme.

Nous avons parfois vécu des instants d'une intensité bouleversante qui n'ont duré que quelques minutes. À l'inverse, il nous est arrivé de passer une journée entière à ne rien faire sans être vraiment présents à ce que nous vivions. Cela nous rappelle que la lenteur n'est pas une question de vitesse. C'est une question de disponibilité.

Les choses les plus précieuses n'apparaissent pas parce que nous allons lentement. Elles apparaissent parce que, enfin, nous sommes là.