Les univers qui parlent du corps, du désir, de l'amour ou de la sexualité passent parfois beaucoup de temps à expliquer ce qu'ils ne sont pas.
Le tantra n'est pas du libertinage. Le libertinage n'est pas le polyamour. Le BDSM n'est pas le tantra. Le shibari n'est pas le BDSM. Chacun rappelle les frontières qui le distinguent des autres, et ces distinctions sont souvent utiles. Elles permettent de comprendre une histoire, une culture, une intention, un cadre. Elles évitent aussi bien des malentendus.
Mais nous nous demandons parfois pourquoi ces frontières deviennent si rarement des lieux de rencontre.
Notre expérience a toujours été beaucoup moins ordonnée.
Nous avons rencontré des enseignants de tantra qui nous ont profondément touchés. Nous avons vécu de très beaux moments dans des lieux libertins. Le naturisme nous a appris une manière différente d'habiter notre corps. Nous avons découvert avec curiosité le shibari, le BDSM et d'autres approches encore, sans ressentir le besoin de choisir notre camp.
À chaque fois, nous avons trouvé des êtres passionnés.
À chaque fois, nous avons aussi retrouvé les mêmes grandes questions.
Comment rencontrer vraiment quelqu'un ? Comment faire confiance ? Comment accueillir le désir sans qu'il devienne une consommation ? Comment habiter son corps avec davantage de liberté ? Comment aimer plus profondément ?
Les réponses changent.
Les pratiques changent.
Les chemins aussi.
Les questions, elles, nous semblent souvent étonnamment proches.
Nous comprenons parfaitement que chaque univers protège son identité. Nous comprenons aussi que certains cadres soient indispensables pour garantir la sécurité, le consentement ou la qualité d'une pratique. Nous ne souhaitons pas tout mélanger.
Nous aimerions simplement que ces mondes aient parfois un peu moins peur les uns des autres.
Parce que la vie, elle, circule beaucoup plus librement.
Une personne peut aimer le tantra et fréquenter des lieux libertins sans rien trahir de ce qu'elle cherche. Un couple peut découvrir le shibari et y vivre une immense confiance. Un massage peut devenir profondément sensuel. Une rencontre très charnelle peut ouvrir un espace d'une infinie tendresse. Une pratique née dans un univers peut éclairer une autre d'une manière inattendue.
Rien de tout cela ne se confond.
Tout cela dialogue.
Nous ne croyons pas qu'il existe une manière plus juste qu'une autre de vivre son couple, son corps ou sa sexualité.
Certaines personnes seront profondément heureuses dans un couple exclusif. D'autres dans une relation ouverte. D'autres encore dans le polyamour, le libertinage, le BDSM, le tantra, ou dans une vie où la sexualité occupe très peu de place. Toutes ces trajectoires nous semblent profondément respectables lorsqu'elles naissent d'un choix libre, vivant et sincère, plutôt que d'un modèle auquel il faudrait ressembler.
Il n'y a rien à prouver.
Ni à son conjoint.
Ni à un groupe.
Ni à une idée de ce qu'il faudrait être pour paraître libre, moderne, éveillé ou audacieux.
Notre chemin est simplement le nôtre.
Nous n'avons aucune envie qu'il devienne une référence pour d'autres. Nous espérons seulement qu'il donnera peut-être à certains l'envie d'écouter davantage leur propre mouvement, même s'il les conduit ailleurs que nous.
Ce qui nous attire dans le tantra n'est pas une doctrine.
Ce qui nous touche dans le libertinage n'est pas une autorisation.
Ce qui nous plaît dans le naturisme n'est pas seulement la nudité.
Dans chacun de ces univers, nous retrouvons des femmes et des hommes qui cherchent, à leur manière, à vivre un peu plus intensément, un peu plus consciemment, un peu plus librement.
C'est sans doute cela que nous avons envie de retenir.
Les pratiques dessinent des chemins. Les rencontres, elles, construisent des ponts.