Et la jalousie ?

C'est probablement la question que l'on nous pose le plus souvent.

Avant même de parler du désir, des rencontres ou de ce que ce chemin a changé dans notre couple, la conversation finit presque toujours par arriver là : « Et la jalousie ? »

Nous comprenons très bien cette question. Elle a longtemps été la nôtre. Nous pensions, comme beaucoup, qu'elle naîtrait du désir de l'autre, de son plaisir ou de son attirance pour une autre personne. Pourtant, notre expérience nous a conduits ailleurs. Ce n'est presque jamais le désir qui nous a fait souffrir. Ce n'est pas davantage le plaisir de l'autre.

Nous ne sommes pas jaloux lorsque l'autre éprouve du plaisir.

Nous le devenons lorsque ce plaisir cesse d'être partagé.

Cette nuance paraît presque invisible. Pour nous, elle a tout changé.

Voir la personne que l'on aime intensément vivante, profondément désirante ou traversée par une immense joie ne retire rien à notre propre bonheur lorsque nous continuons à habiter pleinement cette rencontre ensemble. Son plaisir devient alors aussi le nôtre. Il circule entre nous, nourrit notre lien et revient enrichir ce « nous » qui reste le cœur de tout ce que nous vivons.

La jalousie apparaît ailleurs. Elle naît lorsque cette circulation se ralentit. Non parce que nous serions séparés, ni parce que l'un partirait vivre quelque chose sans l'autre. Nous sommes là, ensemble, dans la même pièce, au cœur de la même rencontre. Mais il arrive que, pendant quelques instants, nous cessions de partager intérieurement ce qui est en train de naître. Chacun continue à vivre quelque chose, mais cela ne circule plus tout à fait entre nous avec la même évidence.

C'est souvent à cet endroit que la jalousie se manifeste.

Avec le temps, nous avons cessé de la considérer comme une ennemie. Elle ne nous demande ni de fermer notre couple, ni de renoncer aux rencontres. Elle attire simplement notre attention sur notre manière de vivre ce qui est en train de se passer. Elle nous rappelle que notre couple n'a pas seulement besoin de vivre de belles expériences ; il a besoin de continuer à les partager, même lorsqu'elles prennent des formes inattendues.

Il est d'ailleurs étonnant de voir combien il faut parfois peu de choses pour que cette circulation retrouve naturellement son élan. Une main qui vient chercher l'autre au milieu d'un massage. Un regard qui dit silencieusement : « Tu es toujours là avec moi. » Un sourire, un baiser, quelques mots soufflés tout bas. Rien de spectaculaire. Juste ces petits gestes qui permettent à la rencontre de continuer à appartenir à notre couple autant qu'aux personnes qui la vivent.

Depuis, nous ne cherchons plus à protéger notre couple du monde.

Nous essayons simplement de rester attentifs à cette circulation invisible qui fait que, même au cœur d'une rencontre avec d'autres, nous continuons à vivre l'expérience ensemble. C'est elle qui transforme le plaisir de l'autre en un plaisir partagé. C'est elle qui permet au désir de rapprocher plutôt que d'éloigner. C'est elle, enfin, qui nous rappelle que notre couple n'est pas une frontière, mais le lieu depuis lequel nous accueillons le monde.