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title: 'Donner du plaisir'
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date: '2026-08-29'
description: 'Donner du plaisir, faire jouir, regarder l’autre offrir du plaisir : une réflexion sur la générosité, le désir et la circulation du plaisir dans le couple ouvert.'
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# Donner du plaisir

Il y a quelque chose de profondément joyeux à faire plaisir à quelqu’un.

Cela commence bien avant les corps. Préparer un repas en imaginant le plaisir de ceux qui vont le partager, faire découvrir un endroit que l’on aime, verser un verre, choisir une musique, provoquer un rire, offrir son attention à quelqu’un qui en a besoin. Une partie de notre propre plaisir naît déjà de celui que nous voyons apparaître chez l’autre.

Lorsque les corps entrent dans la rencontre, cette circulation devient évidemment plus charnelle.

Donner du plaisir n’est pas pour nous la partie généreuse de l’échange pendant laquelle on s’occuperait de l’autre en attendant que vienne notre tour. Il peut y avoir énormément de plaisir à être entièrement attentif à un autre corps, à découvrir ce qu’il aime et à sentir sous ses mains que quelque chose est en train de naître. Une respiration change, un bassin répond, une peau frissonne, un corps se rapproche au lieu de rester immobile. Parfois un regard suffit pour comprendre qu’il faut continuer exactement ainsi ; parfois il invite au contraire à ralentir, à déplacer une main, à essayer autre chose.

Nous aimons cette découverte parce qu’un corps ne ressemble jamais tout à fait à un autre sur ce plan non plus. Ce qui bouleverse quelqu’un peut laisser une autre personne presque indifférente. Une caresse dont nous attendions beaucoup ne provoque presque rien, tandis qu’un geste venu sans intention particulière ouvre soudain une porte. Donner du plaisir demande alors moins de savoir que de curiosité : être disponible à ce corps précis plutôt que vouloir lui appliquer ce que nous pensions savoir du plaisir.

C’est aussi ce qui rend certaines rencontres si belles. Nous n’avons pas envie de réussir quelque chose sur quelqu’un. Nous avons envie de le découvrir.

La nuance compte beaucoup. Dès que le plaisir devient un résultat à obtenir, celui qui donne commence facilement à chercher dans les réactions de l’autre la preuve qu’il fait bien. Le corps que l’on caresse devient alors presque malgré lui chargé de rassurer celui qui le caresse. Nous connaissons ce piège, nous y tombons certainement parfois comme tout le monde, mais ce n’est pas là que se trouve ce que nous aimons.

Ce qui nous émeut davantage est ce moment où l’attention cesse d’être une technique et devient une relation. Une main n’est plus seulement en train de caresser ; elle écoute. Une bouche découvre. Un corps entier s’ajuste à un autre. Le plaisir n’est plus quelque chose que l’un produit sur l’autre, mais quelque chose auquel les deux participent, même lorsque l’un semble principalement donner et l’autre principalement recevoir.

Parce que celui qui donne reçoit lui aussi.

Il reçoit les réactions de l’autre, son abandon, sa confiance, sa manière très personnelle de laisser apparaître ce qu’il ressent. Il reçoit parfois un visage qui change, des gestes qui deviennent moins contrôlés, un souffle, un gémissement, une main qui serre un peu plus fort. Il reçoit surtout cette sensation extrêmement simple et charnelle : ce que je t’offre te fait du bien.

Nous n’avons pas besoin que tout cela conduise nécessairement à un orgasme pour que ce soit immense. Il pourra venir, et nous aimons évidemment la jouissance lorsqu’elle traverse un corps. Mais le plaisir a beaucoup plus de formes que son point culminant. Il peut monter pendant longtemps, circuler, s’apaiser, repartir ailleurs. Il peut laisser quelqu’un profondément heureux sans qu’il soit possible d’identifier le moment précis où tout aurait « abouti ».

L’important, ici, n’est pas de mesurer, c’est de donner.

Et à plusieurs, quelque chose d’autre apparaît, qui nous touche peut-être encore davantage : le plaisir de voir la personne que nous aimons donner du plaisir à quelqu’un d’autre.

Nous connaissons ses mains. Nous savons leur douceur, leur patience, leur manière de devenir plus fermes lorsqu’il le faut. Nous connaissons certains gestes, certaines attentions, cette façon particulière qu’a l’autre d’être présent lorsqu’un corps lui est confié. Nous avons reçu tout cela tellement de fois que nous pourrions croire que cela appartient naturellement à notre intimité.

Et puis un jour, ce sont d’autres épaules que ces mains massent, une autre peau qu’elles découvrent, un autre corps auquel elles offrent leur attention.

Nous aimons regarder cela.

Pas seulement parce que la scène peut être sensuelle ou excitante. Il y a aussi une émotion très particulière à voir quelqu’un d’autre recevoir ce que nous connaissons de beau chez la personne que nous aimons. Cette douceur n’a pas disparu de notre histoire parce qu’elle est offerte ailleurs ; elle devient visible autrement.

Il y a presque quelque chose de tendre à penser : je connais ces mains, je sais ce qu’elles peuvent donner, et maintenant toi aussi tu le découvres.

Le plaisir se met alors à circuler d’une manière étrange et magnifique. Quelqu’un donne. Quelqu’un reçoit. Et une troisième personne peut éprouver énormément simplement en regardant ce qui se passe entre eux.

Et il n’est même forcément pas nécessaire de reprendre sa place au centre de la scène.

Cela nous paraît important, parce qu’une rencontre à plusieurs pourrait facilement devenir une succession de tours où chacun chercherait à être suffisamment touché, suffisamment désiré, suffisamment présent. Nous préférons lorsque cette comptabilité disparaît. Il peut y avoir des moments où l’un de nous est presque entièrement tourné vers notre invité, tandis que l’autre regarde, caresse peut-être seulement une épaule, tient une main ou reste simplement là.

Ce n’est pas une absence.

Regarder la personne que nous aimons offrir du plaisir peut être une manière extrêmement intense de participer à ce qui est en train de se vivre. Nous voyons sa concentration, son désir de donner, son bonheur lorsque le corps devant elle répond. Nous pouvons parfois reconnaître sur son visage quelque chose que nous connaissons intimement : cette joie particulière de sentir qu’un autre être humain est bien grâce à ce qu’on lui offre.

Et nous aimons cela chez elle. Parce que la générosité aussi peut être désirable.

Il nous arrive d’ailleurs de prendre autant de plaisir à voir l’autre caresser qu’à être caressés nous-mêmes. À regarder ses mains sur une autre peau, à voir combien il ou elle est attentif aux réactions de la personne qui est avec nous, à sentir que tout son corps participe à ce qu’il est en train de donner. Ce n’est pas seulement le plaisir de celui qui reçoit qui devient beau à regarder ; c’est aussi le plaisir de celui qui donne.

Cette circulation nous plaît parce qu’elle enlève au plaisir quelque chose de possessif. Une main n’a pas besoin de rester sur notre corps pour continuer à nous émouvoir. Une attention que nous avons reçue mille fois peut être offerte à quelqu’un d’autre sans perdre sa valeur entre nous. Nous n’avons pas besoin de rappeler que ces gestes sont aussi les nôtres, ni de reprendre la main pour nous assurer que nous avons toujours une place.

Nous sommes déjà là.

Et la personne que nous accueillons n’est pas seulement là pour nous donner quelque chose non plus. Nous aimons l’idée qu’elle puisse repartir en ayant beaucoup reçu. Du plaisir, certainement, mais aussi de l’attention, de la douceur, du désir, cette sensation d’avoir été accueillie avec générosité plutôt que simplement introduite dans notre intimité pour satisfaire notre curiosité.

Cela rejoint profondément notre manière de recevoir. Lorsque quelqu’un entre dans notre monde, la question n’est pas seulement de savoir ce que sa présence va nous apporter. Nous avons aussi envie de savoir ce que nous pouvons lui offrir pendant le temps où nos vies se croisent.

Parfois ce sera un dîner merveilleux et une conversation qui durera jusqu’au milieu de la nuit. Parfois un massage. Parfois des corps qui se rapprocheront beaucoup davantage. Parfois le plaisir deviendra intensément sexuel, avec cette joie très particulière de sentir quelqu’un s’abandonner à ce qui lui est donné.

Et parfois nous ferons jouir.

Nous aimons cela.

Il n’y a aucune raison de rendre cette phrase plus sage qu’elle ne l’est. Faire jouir quelqu’un peut être un plaisir immense. Sentir ce moment arriver, voir le corps changer, accueillir ce qui le traverse, savoir que nos mains, notre bouche, notre sexe, notre présence ont participé à cette jouissance est quelque chose de profondément charnel et profondément généreux.

Mais cette jouissance n’est pas un trophée.

Elle n’appartient pas davantage à celui qui l’a provoquée qu’à celui qui la reçoit. Nous n’avons rien gagné sur l’autre parce qu’il s’est abandonné entre nos mains, et il ne nous doit rien pour ce qui vient de lui être offert.

C’est peut-être précisément pour cela que donner peut être si beau : ce que l’on offre peut être entièrement donné.

Sans réserve à récupérer ensuite. Sans compte à équilibrer. Sans exiger que la personne reste, recommence ou nous rende exactement ce qu’elle a reçu.

Le plaisir a eu lieu. Il a circulé.

Quelqu’un a donné beaucoup, quelqu’un a reçu beaucoup, et parfois tous ceux qui étaient là ont été profondément nourris par ce même mouvement.

Nous parlons souvent ici de ce que les autres peuvent apporter au Nous. Il nous semble tout aussi important de rappeler que notre ouverture ne serait pas celle que nous aimons si elle consistait uniquement à collectionner ce que les rencontres nous donnent.

Nous voulons aussi donner.

Donner de l’attention, du temps, de la présence, de la tendresse, du désir. Donner nos mains, nos bouches, nos corps lorsque l’envie est là. Donner du plaisir et prendre pleinement plaisir à le donner.

Et lorsque c’est la personne que nous aimons qui l’offre à quelqu’un d’autre, nous voulons pouvoir rester là, la regarder et nous réjouir de tout ce qu’elle sait donner.

Parce que certains plaisirs ne commencent pas lorsqu’on reçoit.

Ils commencent exactement au moment où l’on voit, sous nos mains ou sous celles de l’être aimé, le plaisir naître chez quelqu’un d’autre.

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