Lorsque notre couple rencontre véritablement une personne, nous n'avons pas envie que cette rencontre choisisse entre l'un et l'autre.
Ce qui nous touche est précisément qu'elle nous rencontre tous les deux.
Il arrive qu'un homme se sente davantage attiré par Madame. Qu'une femme se rapproche plus naturellement de Monsieur. Nous trouvons cela parfaitement beau. Le désir suit ses propres chemins et nous n'avons aucune envie de lui demander de correspondre à une idée préconçue de la rencontre.
Mais lorsqu'un lien devient profond, il semble souvent avoir envie de grandir.
Les regards circulent autrement. Les corps trouvent naturellement leur place. Les gestes cessent peu à peu d'appartenir à une relation particulière pour devenir ceux d'une rencontre commune. Quelque chose ne se vit plus côte à côte. Quelque chose commence à circuler entre tous.
C'est ce mouvement qui nous émeut.
Nous aimons profondément voir la personne que nous aimons heureuse, désirante, désirée, vivante. Mais nous ne souhaitons pas rester au bord de cette joie, même émerveillés par ce qui se passe.
Nous avons envie de l'habiter avec elle.
Lorsque la confiance est là, lorsqu'aucun rôle n'a besoin d'être tenu et que chacun se sent libre d'être exactement lui-même, certains gestes apparaissent avec une évidence désarmante. Une main qui accompagne un mouvement, une caresse, un baiser, un corps qui se rapproche parce que tout le reste l'y conduit déjà.
Rien n'a besoin d'être décidé. La rencontre suit simplement son propre mouvement. C'est souvent à cet endroit que les mots apparaissent.
Certains parleront peut-être de bisexualité, d'autres y verront une forme de candaulisme. Pourquoi pas.
Ces mots désignent des réalités qui existent, et nous n'avons aucune difficulté avec eux. Ils permettent à beaucoup de personnes de se reconnaître, de raconter une partie de leur histoire ou de trouver une communauté à laquelle appartenir.
Notre expérience nous semble simplement un peu plus vaste que chacune de ces définitions prises séparément.
Il ne s'agit pas pour nous de devenir bisexuels. Il ne s'agit pas davantage de rester absolument hétérosexuels. Et il ne s'agit pas non plus de vivre le désir de l'autre à distance. Ce qui nous touche est ailleurs.
Lorsqu'une rencontre devient suffisamment profonde, certains gestes cessent d'être des déclarations d'identité. Une caresse reste une caresse. Un baiser reste un baiser. Ils ne viennent démontrer ou revendiquer rien. Ils trouvent simplement leur place parce que la confiance, le désir, la tendresse et la présence circulent déjà librement entre les êtres.
Nous ne cherchons pas à savoir quel mot pourrait le mieux nous définir.
Nous cherchons une rencontre dans laquelle chacun puisse être pleinement présent, sans avoir à se demander en permanence ce que tel geste dira de lui.
Les mots restent précieux.
Ils nous aident à nous reconnaître, à nous retrouver, parfois même à nous sentir moins seuls. Nous les utilisons volontiers lorsqu'ils éclairent ce que nous vivons. Nous nous en éloignons simplement lorsqu'ils deviennent plus importants que la rencontre elle-même.
Parce qu'au fond, ce n'est jamais une catégorie qui nous bouleverse. C'est ce moment très rare où plusieurs êtres cessent de protéger une identité.
Et découvrent simplement la joie d'être...
au plus près.